Sommaire
- Le référendum du 28 septembre 1958 : 95,2 % de « non » à la Communauté française
- Sékou Touré face à de Gaulle : la confrontation du 25 août 1958
- 2 octobre 1958 : la Guinée proclame son indépendance
- L’opération Persil : la riposte économique de la France
- Qui était Ahmed Sékou Touré avant l’indépendance ?
- Après 1958 : les conséquences politiques sur le long terme
Le 28 septembre 1958, la Guinée est le seul territoire d’Afrique occidentale française à voter « non » au référendum proposé par le général de Gaulle sur la Communauté française. Ce refus, porté par 95,2 % des suffrages exprimés selon les procès-verbaux officiels du scrutin, entraîne la proclamation de l’indépendance guinéenne dès le 2 octobre 1958, soit quatre jours après le vote. La Guinée devient ainsi le premier État d’Afrique subsaharienne francophone à rompre avec la tutelle coloniale, deux ans avant la vague d’indépendances de 1960.
Le référendum du 28 septembre 1958 : 95,2 % de « non » à la Communauté française
Quels étaient les résultats du référendum du 28 septembre 1958 ? Sur 1 578 869 inscrits, le « non » recueille environ 1 130 292 voix, contre à peine 56 981 pour le « oui ». Le taux de participation dépasse les 85 %. Dans les autres territoires de l’AOF et de l’AEF, le « oui » l’emporte partout, parfois à plus de 95 %. La Constitution de la Ve République, adoptée dans l’Hexagone le même jour, prévoyait qu’un territoire votant « non » accéderait immédiatement à l’indépendance, sans période de transition. Vu du côté de Paris, le scénario guinéen n’avait pas été sérieusement envisagé.
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Sékou Touré face à de Gaulle : la confrontation du 25 août 1958
Qui a donné l’indépendance à la Guinée ? Personne ne l’a « donnée » : les Guinéens l’ont prise par les urnes. La scène fondatrice se joue le 25 août 1958, à Conakry, lors de la tournée africaine de Charles de Gaulle. Devant le général, Ahmed Sékou Touré, président du Conseil du gouvernement territorial, prononce une phrase restée célèbre : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. » De Gaulle, selon les témoignages rapportés par plusieurs historiens, quitte Conakry sans les adieux protocolaires habituels. La campagne pour le « non » s’intensifie dans les semaines suivantes, portée par le Parti démocratique de Guinée (PDG) et par un réseau syndical structuré autour de l’Union générale des travailleurs d’Afrique noire.
2 octobre 1958 : la Guinée proclame son indépendance
Quatre jours après le scrutin, l’Assemblée territoriale adopte à l’unanimité le texte proclamant la République de Guinée. Sékou Touré en devient le premier président. La reconnaissance internationale suit rapidement : l’Union soviétique, le Ghana de Kwame Nkrumah (qui accorde un prêt de 10 millions de livres sterling) et plusieurs pays du bloc de l’Est établissent des relations diplomatiques avant la fin de l’année. La France, elle, retire son administration en quelques semaines. Cette date du 2 octobre est devenue le jour de fête nationale, célébré chaque année en Guinée.
L’opération Persil : la riposte économique de la France
La rupture ne se limite pas à un retrait administratif. Selon plusieurs travaux universitaires et des témoignages d’époque, la France aurait mené une opération de déstabilisation monétaire désignée sous le nom d’« opération Persil ». L’objectif supposé : inonder le marché guinéen de faux billets de francs CFA pour provoquer une crise de confiance. La Guinée riposte en mars 1960 en créant sa propre monnaie, le franc guinéen, rompant avec la zone franc CFA (un épisode détaillé dans cette chronologie de la monnaie guinéenne publiée par Mediaguinee). L’isolement économique qui en résulte pèse sur le pays pendant des décennies.
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Qui était Ahmed Sékou Touré avant l’indépendance ?
Né en 1922 à Faranah, Sékou Touré se forme dans l’administration postale coloniale avant de s’engager dans le syndicalisme. Il cofonde la section guinéenne du Rassemblement démocratique africain (RDA), puis prend la tête du PDG. Élu député à l’Assemblée nationale française en 1956, il cumule cette fonction avec la présidence du Conseil du gouvernement guinéen à partir de 1957. Son parcours syndical (il dirigeait l’Union des travailleurs de Guinée, affiliée à la CGT puis autonome) lui assure une base populaire que peu de leaders ouest-africains possédaient à cette époque. Après 1958, son régime se durcit progressivement : parti unique, camp de détention de Boiro, purges récurrentes. Sékou Touré reste au pouvoir jusqu’à sa mort en 1984, laissant un héritage profondément contradictoire pour la mosaïque culturelle et linguistique du pays.
Après 1958 : les conséquences politiques sur le long terme
Le « non » guinéen de 1958 agit comme un catalyseur pour tout le continent. En 1960, quatorze anciennes colonies françaises accèdent à l’indépendance, souvent en négociant des accords de coopération que la Guinée avait refusés. Sur le plan intérieur, le prix politique est lourd. Le régime de Sékou Touré s’appuie sur un appareil sécuritaire qui provoque l’exil de centaines de milliers de Guinéens, notamment vers le Sénégal, la Côte d’Ivoire et la France (une diaspora dont la mobilité reste encadrée par les règles de la CEDEAO).
Alpha Condé, souvent cité dans ce contexte, n’arrive au pouvoir qu’en 2010, après une carrière d’opposant en exil. Son mandat se termine par un coup d’État militaire en 2021, après une modification constitutionnelle controversée. La question de la continuité entre le centralisme de Sékou Touré et les régimes suivants reste un sujet de débat parmi les historiens de l’Afrique de l’Ouest.
L’indépendance de 1958 a aussi orienté l’économie guinéenne vers des partenariats avec le bloc soviétique, puis vers une libéralisation tardive dans les années 1980. Les ressources en bauxite et le gisement de fer de Simandou n’ont été pleinement exploités que bien après cette période fondatrice.
Questions fréquentes
Qui a donné l’indépendance à la Guinée ?
L’indépendance guinéenne n’a pas été octroyée par la France. Elle résulte du vote populaire du 28 septembre 1958, où 95,2 % des électeurs guinéens ont rejeté la Communauté française proposée par de Gaulle. La proclamation officielle intervient le 2 octobre 1958.
Quels étaient les résultats du référendum du 28 septembre 1958 ?
Le « non » obtient environ 1 130 292 voix contre 56 981 pour le « oui », sur plus de 1,5 million d’inscrits. Le taux de participation dépasse 85 %. La Guinée est le seul territoire de l’Afrique française à rejeter le projet constitutionnel.
Quelle est l’histoire d’Ahmed Sékou Touré ?
Né en 1922 à Faranah, syndicaliste puis député français, Sékou Touré devient le premier président de la Guinée indépendante en octobre 1958. Son régime évolue vers le parti unique et la répression, notamment au camp de Boiro. Il meurt au pouvoir en mars 1984.
Journaliste économique franco-guinéen. Douze ans de couverture de l Afrique de l Ouest : économie, mines, télécoms et diaspora. Écrit sur les chiffres avec précision, sans sensationnalisme.
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